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Ne tirez pas sur le messager November 28, 2011

Le lundi 28 novembre 2011

Chroniques Isabelle Maréchal

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Ne tirez pas sur le messager

ISABELLE MARÉCHAL
Collaboration spéciale

28/11/2011 07h57 

Permettez-moi de revenir sur la question du C-10, ce groupe de projets de loi sur la criminalité présenté par le gouvernement Harper, et en particulier du traitement réservé ici au sénateur Pierre-Hugues Boisvenu.

Pourquoi cette aliénation quasi collective autour de son message ? Cela dépasse l'épidermique réaction à son statut de «non élu» rappelé ad nauseam par ses détracteurs. Faudrait d'ailleurs faire un effort pour en revenir.

On assiste à une campagne de salissage que je ne m'explique pas. Si on avait de la mémoire et qu'on dénigrait un peu moins systématiquement ce que fait Ottawa, on trouverait au contraire que Pierre-Hugues Boisvenu est le meilleur porte-parole que la justice puisse avoir. Et nous avec. Il est la voix des absents. Les morts ne parlent pas. Ils ne témoignent pas en cour. On peut donc négocier des conditions de détention allégées dans leur dos, voire des accommodements déraisonnables avec des sadiques, les morts ne broncheront pas. Ils n'iront pas cracher à la face de la société qu'elle est injuste.

L'HISTOIRE DE JULIE

Avant de le lyncher sur la place publique et de l'accuser d'intérêt partisan, laissez-moi vous rappeler l'histoire du sénateur Boisvenu. Il a déjà été un citoyen ordinaire. Mais c'était avant. Avant que sa fille Julie soit violée et assassinée sauvagement par un récidiviste. Ça fera 10 ans l'été prochain. Dix ans à se demander pourquoi. Pourquoi ma fille ? Pourquoi n'ai-je pas été avec elle ce soir de juin pour empêcher ce maniaque de la tuer ?

Car son agresseur avait déjà agressé sexuellement au moins une autre femme avant qu'un juge bien intentionné estime, de toute sa hauteur, que les risques de récidive du meurtrier étaient nuls. Nuls comme son jugement, visiblement. Puisque Julie est morte après avoir subi les pires sévices. Ravagé par la douleur, Pierre-Hugues Boisvenu a tenu bon grâce à une promesse. Il a juré sur la tombe de sa fille qu'il passerait le reste de sa vie à lutter pour qu'aucun parent ne vive plus jamais ce calvaire. Moi, ce sont des mots qui me parlent !

TROP DE DROITS AUX RÉCIDIVISTES

Le cas Boisvenu est l'exemple parfait de l'errance de notre système judiciaire. Saviez-vous que le meurtrier de Julie a failli être libéré ? Son avocat a demandé à la Cour d'appel, puis à la Cour suprême d'en appeler du verdict et de la sentence parce qu'on aurait «piégé» son client. Si vous me demandez mon avis, il y a des claques qui se perdent. Des verdicts cassés par des vices de procédures, des détails techniques, il y en a trop. Même la police est découragée à force de marcher sur des oeufs.

La morale de cette histoire ? Pour l'instant, il n'y en a pas. Le meurtrier de Julie Boisvenu est admissible à une libération conditionnelle en 2016. Il en a pris pour 25 ans. Pourquoi devrait-il sortir au bout de 12 ? Et même s'il purgeait toute sa peine, voudriez-vous que ce soit votre fille qu'il croise à sa sortie ?

Arrêtons de se raconter des histoires. Il y a des criminels qu'on ne pourra jamais réhabiliter. On aura beau prétendre ici être les champions de la réhabilitation, ayons l'humilité d'admettre qu'on s'est trompé plus d'une fois. Sur les meurtriers de Julie Boisvenu, de Julie Surprenant, de Jolène Riendeau... Voulez-vous d'autres noms ?

http://lejournaldemontreal.canoe.ca/journaldemontreal/chroniques/isabellemarechal/archives/2011/11/20111128-075700.html


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